Le cheval dans l’art asiatique : puissance, prestige et médiation spirituelle
- Cabinet Gauchet Art Asiatique

- 17 févr.
- 5 min de lecture

A l'occasion du nouvel an chinois et qui nous fait entrer dans l'année du Cheval de Feu, nous vous proposons un article passant en revu quelques unes des nombreuses symboliques iconographiques du cheval dans l'art asiatique.
Cet animal est en effet vecteur d'une symbolique forte et variée dans beaucoup de cultures de ce contient: il est un marqueur de souveraineté, un vecteur d’échanges, d'énergies mais aussi une figure d'intermédiation entre monde humain et le monde sacré.
1) Une symbolique transversale à toute l'ère culturelle chinoise : le signe du Cheval (馬, Ma) dans l’astrologie chinoise
Dans l’astrologie chinoise, le signe du Cheval (馬, Ma), septième animal du zodiaque, incarne avant tout le mouvement du qi, l’énergie vitale en circulation. Associé à l’élément Feu dans sa polarité yang, il symbolise l’expansion, la mobilité, la chaleur et la visibilité sociale. Les traités astrologiques et la tradition populaire décrivent le Cheval comme un signe d’indépendance, de charisme et d’élan, souvent lié au succès public, au voyage et à la communication.
Cette lecture symbolique trouve un écho direct dans l’histoire culturelle chinoise : le cheval est l’animal qui relie les espaces (routes militaires, commerciales, diplomatiques), mais aussi celui qui rend la puissance perceptible par le déplacement.

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Dans l’iconographie zodiacale — peintures populaires du Nouvel An (nianhua), rouleaux lettrés ou objets décoratifs — le Cheval est fréquemment représenté lancé au galop, crinière au vent, corps tendu vers l’avant, image condensée d’une énergie difficile à contenir.
Toutefois, cette vitalité est ambivalente : les commentaires astrologiques soulignent que le Cheval peut souffrir d’instabilité, d’impatience ou d’un excès de dispersion s’il n’est pas maîtrisé par des signes plus “contenants”. Cette tension entre force et contrôle rejoint une constante de l’art chinois du cheval : représenter non seulement la vitesse, mais la capacité (ou l’incapacité) à la gouverner. Il constitue ainsi une métaphore cosmologique du rapport entre énergie individuelle et ordre collectif, entre liberté de mouvement et nécessité d’harmonie — une forte lecture symbolique qui explique la persistance et la puissance visuelle de ce signe dans la culture chinoise, bien au-delà de l’astrologie stricto sensu.

A cette symbolique astrologique présente dans l'ère culturelle chinoise (incluant grossièrement la partie orientale de l'asie du Sud-est et le Japon ) s'ajoute une iconographie et des représentations qui sont propres à certains pays asiatiques.
2) En Chine : du cheval “cosmopolite” Tang au portrait de l’“esprit” (qi)
La Chine des Tang (618–907) constitue un moment-clé : l’empire est intensément connecté à l’Asie centrale, et le cheval devient l’emblème visuel d’un monde ouvert, militaire et aristocratique. La culture Tang valorise les montures venues des confins (commerce, tributs, diplomatie), et cela se lit dans la profusion de chevaux dans les tombes (peintures murales, figurines) et dans une esthétique de la vitalité : encolure arquée, poitrail puissant, tension des membres, parfois jusqu’à l’exagération expressive.

Un sommet de cette logique est le portrait équin. Dans Night-Shining White (attribué à Han Gan, VIIIe siècle), le cheval est attaché, mais tout dans son corps “résiste” : œil ardent, naseaux dilatés, sabot prêt à frapper. Han Gan saisit autant la ressemblance que la psychologiedu cheval.

La glorification du cheval peut aussi passer par la mémoire politique. Les Six Destriers du Mausaulée de Zhao (bas-reliefs associés au mausolée de l’empereur Taizong) fixent dans la pierre le récit des campagnes, en individualisant des montures de guerre célèbres. Même si l’objet relève du monument funéraire, la mise en scène est narrative : blessures, flèches, présence humaine, et surtout une attention à l’identité de chaque cheval, comme si la souveraineté se racontait aussi par ses animaux.
Ici la représentation ne se limite pas à celle d'un animal, derrière cette illustration c'est le pouvoir impérial qui se percoit; c’est rendre visible une force — politique et cosmique — dont l’artiste tente de capter le souffle.

Dernière représentation célèbre en Chine du ceval, l’iconographie des Huit Chevaux (八駿, Ba Jun) occupe une place centrale dans l’imaginaire visuel chinois.
Le motif est issu de la légende des Huit Chevaux du roi Mu des Zhou, souverain semi-mythique réputé pour ses voyages extraordinaires jusqu’aux confins du monde. Chacun de ces chevaux, doté d’un nom et de capacités spécifiques (vitesse fulgurante, endurance surnaturelle, capacité à franchir montagnes et eaux), fonctionne comme une extension symbolique du pouvoir royal : maîtriser les Huit Chevaux, c’est maîtriser l’espace, le temps et les directions du monde.
Plus tardivement, ce sera également un sujet privilégié pour un artiste majeur comme Xu Beihong (1895-1953), qui en fera son thème favori.

3) Japon : du cheval offert au cheval peint — l’ema comme image-prière
Au Japon, l’une des représentations les plus singulières du cheval se trouve dans un objet de dévotion : l’ema (絵馬), littéralement “image de cheval”. Les sources historiques et culturelles indiquent que les premières formes d’ema seraient liées à l’offrande de chevaux vivants aux divinités, remplacée ensuite par des images (tablettes peintes), plus accessibles et reproductibles. Cette substitution installe l’image du cheval comme support de demande, interface entre la parole humaine et l’écoute divine.
L’ema fait ainsi basculer le cheval du champ militaire vers une fonction de médiation.
Dans ce contexte japonais, le cheval n’est pas d’abord un “portrait” mais un vecteur — une image qui transporte une intention. Il est en de même pour les lungta tibétains.

4) Himalaya tibétain : le “windhorse” (lungta), énergie et prière en circulation
La figure du lungta (“windhorse”, cheval de vent) est omniprésente sur les célèbres drapeaux de prières colorés suspendus dans toutes cette aire culturelle . Ici, le cheval n’est pas un animal observé : c’est un symbole d’énergie vitale et de fortune, supposé porter prières et intentions. La force visuelle de ce motif tient à sa fusion avec l’environnement : suspendu au vent, le cheval “agit” par le mouvement même des drapeaux, comme si l’image n’était complète qu’avec l’air.
Ici, l'équidé est moins représenté pour être vu que “pour être activé” — l'iconographie du cheval est ainsi performative dans ce contexte.

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