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Les « Magots » de Canton : les fascinants dignitaires à tête mobile qui séduisirent l’Europe

  • Photo du rédacteur: Cabinet Gauchet Art Asiatique
    Cabinet Gauchet Art Asiatique
  • 16 juin
  • 5 min de lecture
Rare paire de dignitaires chinois en stuc polychrome destinée à l’exportation occidentale. Conservant leurs têtes amovibles et leurs riches décors peints, ces figures de plus de 70 cm de hauteur illustrent l’âge d’or du commerce artistique entre Canton et l’Europe à la fin du XVIIIe siècle.
Rare paire de dignitaires chinois en stuc polychrome destinée à l’exportation occidentale. Conservant leurs têtes amovibles et leurs riches décors peints, ces figures de plus de 70 cm de hauteur illustrent l’âge d’or du commerce artistique entre Canton et l’Europe à la fin du XVIIIe siècle.

Parmi les créations les plus singulières de l’art chinois d’exportation, peu d’objets incarnent aussi parfaitement la rencontre entre l’Orient et l’Occident que les célèbres « magots » de Canton. Produites à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle pour les marchés européens et américains, ces sculptures polychromes à tête mobile furent longtemps considérées comme l’une des expressions les plus raffinées du goût pour la Chine.


La remarquable paire présentée ici, représentant un couple de dignitaires chinois, illustre l’apogée de cette production. Réalisées en stuc polychrome, conservant leurs têtes amovibles et atteignant plus de 70 cm de hauteur, ces figures appartiennent à la catégorie la plus prestigieuse et la plus rare des « nodders » cantonais.


Une Chine imaginée pour les salons européens


Au XVIIIe siècle, la fascination de l’Europe pour l’Empire du Milieu atteint son apogée. Les cargaisons des Compagnies des Indes rapportent porcelaines, laques, soieries, meubles et objets de curiosité destinés aux résidences aristocratiques.

Les ateliers de Canton développent alors une production spécifiquement conçue pour les goûts occidentaux. Parmi les objets les plus spectaculaires figurent ces personnages de mandarins, de sages et de dignitaires chinois, dont l’apparence répond parfaitement à l’image exotique que l’Europe se fait alors de la Chine.

Ces sculptures étaient destinées à être exposées dans les salons, cabinets de curiosités et galeries décoratives des grandes demeures anglaises, françaises, hollandaises ou américaines.


Le secret des « nodders »


L’arrière des sculptures révèle la qualité du modelé et la structure des robes. Les usures et altérations de la polychromie témoignent de l’ancienneté de ces œuvres produites pour les marchés européens à la fin du XVIIIe siècle.
L’arrière des sculptures révèle la qualité du modelé et la structure des robes. Les usures et altérations de la polychromie témoignent de l’ancienneté de ces œuvres produites pour les marchés européens à la fin du XVIIIe siècle.

La particularité la plus remarquable de ces figures réside dans leur ingénieux mécanisme interne.

La tête, indépendante du corps, repose sur un axe de bois ou de bambou lesté à sa base. Le moindre mouvement provoque alors un léger balancement donnant l’impression que le personnage acquiesce.

Cette caractéristique leur valut rapidement leur appellation anglaise de « nodders », littéralement « ceux qui hochent la tête ».

Le procédé, à la fois simple et ingénieux, contribuait largement à leur succès auprès des collectionneurs européens qui recherchaient autant l’effet décoratif que le caractère amusant et spectaculaire de ces œuvres.


Un remarquable couple de dignitaires


La figure masculine porte une longue robe officielle ornée d’un imposant plastron central inspiré des vêtements de cour de la dynastie Qing. Sa barbe réalisée en crins naturels noirs accentue encore le réalisme du personnage.

La figure féminine arbore quant à elle un élégant manteau noir décoré de fleurs peintes sur fond vert, tandis que sa coiffure relevée évoque les modes mandchoues de l’époque.

Les visages, soigneusement modelés et individualisés, témoignent d’un véritable souci de naturalisme rarement observé dans les productions décoratives destinées à l’exportation.

Avec leurs dimensions respectives de 71,6 cm et 70,8 cm, ces sculptures appartiennent aux modèles monumentaux, beaucoup plus rares que les exemplaires de taille moyenne généralement rencontrés sur le marché.


Des objets déjà présents dans les collections royales européennes


Dans ce portrait de la reine Charlotte peint par Johan Zoffany vers 1765, deux grandes figures chinoises à tête mobile apparaissent en arrière-plan. Cette représentation constitue l’un des plus anciens témoignages de la présence de ces objets dans les collections aristocratiques européennes.
Dans ce portrait de la reine Charlotte peint par Johan Zoffany vers 1765, deux grandes figures chinoises à tête mobile apparaissent en arrière-plan. Cette représentation constitue l’un des plus anciens témoignages de la présence de ces objets dans les collections aristocratiques européennes.

L’ancienneté et le prestige de ces figures sont attestés par un document exceptionnel.

Dès les années 1760, deux grands personnages chinois à tête mobile apparaissent dans le célèbre portrait de la reine Charlotte réalisé par Johan Zoffany. Conservée aujourd’hui dans les collections royales britanniques, cette œuvre montre que ces sculptures figuraient déjà parmi les objets les plus prisés des résidences aristocratiques européennes.

Leur présence dans un portrait officiel de la famille royale témoigne du statut privilégié de ces œuvres, considérées à l’époque comme de véritables symboles du raffinement oriental.


Des comparatifs conservés dans les musées


Plusieurs exemples comparables sont aujourd’hui conservés dans des collections publiques majeures.

Le Victoria & Albert Museum de Londres possède plusieurs figures de Chine d’exportation similaires, illustrant l’importance de cette production dans l’histoire du commerce artistique entre la Chine et l’Occident.

Ces collections permettent d’observer l’évolution des techniques employées dans les ateliers cantonais, notamment l’utilisation de terre non cuite, de stuc, de polychromies complexes ainsi que l’intégration de cheveux naturels ou d’éléments textiles rapportés.


Le regard du marché


Cette paire de magots chinois à tête mobile, vendue chez Christie's, illustre la permanence de l'intérêt des collectionneurs pour les grandes figures de Chine d’exportation produites à Canton à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle.
Cette paire de magots chinois à tête mobile, vendue chez Christie's, illustre la permanence de l'intérêt des collectionneurs pour les grandes figures de Chine d’exportation produites à Canton à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle.

Le marché des magots chinois a connu un regain d’intérêt considérable au cours des deux dernières décennies.

En juin 2011, Christie’s Amsterdam présentait une paire comparable de figures à tête mobile datant de la même période. Malgré des dimensions nettement inférieures — environ 36 cm de hauteur — cette paire confirmait déjà l’intérêt des collectionneurs pour ce type d’objet.

D’autres exemples importants ont été proposés chez Christie’s New York, notamment dans les prestigieuses collections américaines consacrées à l’art chinois d’exportation.

Les catalogues soulignent systématiquement la rareté des grands formats, les exemplaires dépassant 70 cm étant nettement moins fréquents que les modèles plus modestes produits en plus grand nombre.


Une adjudication significative


Estimée entre 6 000 € et 8 000 €, la présente paire a finalement été adjugée 17 000 €, soit plus du double de son estimation haute.

Ce résultat s’explique par plusieurs facteurs :

  • dimensions monumentales ;

  • conservation des têtes mobiles ;

  • qualité de la polychromie ;

  • expressions particulièrement vivantes ;

  • provenance privée documentée ;

  • rareté des grands modèles sur le marché.

Cette adjudication confirme l’intérêt croissant des collectionneurs pour les œuvres majeures de Chine d’exportation et plus particulièrement pour les grands « nodders » cantonais du tournant des XVIIIe et XIXe siècles.


Un témoignage exceptionnel du dialogue entre la Chine et l’Occident


À la croisée de la sculpture, de l’objet mécanique et du décor d’apparat, ces figures incarnent l’un des épisodes les plus fascinants de l’histoire du commerce artistique mondial.

Produites dans les ateliers de Canton pour satisfaire les goûts des élites européennes, elles témoignent d’un moment où la Chine exportait non seulement des objets, mais également une image idéalisée d’elle-même.

Plus de deux siècles après leur création, ces étonnants personnages continuent de fasciner par leur présence, leur inventivité technique et leur capacité à raconter l’histoire des échanges entre deux mondes


Expertise et estimation de magots chinois avec Gauchet Art Asiatique


Les magots chinois, figures à tête mobile produites à Canton pour l’exportation européenne aux XVIIIe et XIXe siècles, suscitent aujourd’hui un intérêt croissant auprès des collectionneurs et du marché de l’art. Leur valeur dépend de nombreux critères : taille, état de conservation, présence des mécanismes d’origine, qualité de la polychromie, provenance et rareté du modèle. Spécialiste de l’art chinois et des œuvres de Chine d’exportation, Gauchet Art Asiatique accompagne collectionneurs, familles, successions et maisons de ventes dans l’expertise, l’authentification et l’estimation de ces sculptures historiques. Notre cabinet intervient en France, en Belgique, en Suisse et à l’international pour l’évaluation des porcelaines, laques, ivoires, peintures et objets de Chine d’exportation, avec des estimations sur photographies ou sur rendez-vous. Pour faire expertiser un magot chinois ou toute œuvre d’art asiatique, contactez Gauchet Art Asiatique ou utilisez notre service d’estimation en ligne.

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