Vũ Cao Đàm, La femme en bleu (vers 1933) : un chef-d'œuvre des débuts parisiens de l'artiste vietnamien
- Cabinet Gauchet Art Asiatique

- 6 mai 2025
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Dernière mise à jour : 20 juin
5 mai 2025

Œuvre expertisée par Gauchet Art Asiatique pour la maison de ventes Millon
Parmi les œuvres les plus rares et les plus importantes de la première période parisienne de Vũ Cao Đàm, La femme en bleu occupe une place particulière. Réalisé vers 1933, peu après l'installation définitive de l'artiste à Paris, ce grand portrait sur soie constitue un témoignage exceptionnel des recherches stylistiques menées par celui qui deviendra l'une des figures majeures de l'École des Beaux-Arts de l'Indochine et du modernisme vietnamien.
Présentée par Gauchet Art Asiatique dans le cadre d'une vente organisée par Millon, cette œuvre de dimensions monumentales (102 x 73 cm) illustre parfaitement la rencontre entre les traditions picturales vietnamiennes et les influences artistiques découvertes par l'artiste en France.
Une œuvre emblématique des premières années françaises de Vũ Cao Đàm
Lorsque Vũ Cao Đàm arrive à Paris au début des années 1930, il bénéficie déjà d'une solide réputation acquise grâce à ses sculptures présentées à l'Exposition Coloniale Internationale de 1931. Pourtant, La femme en bleu révèle un autre aspect de son talent : celui d'un peintre déjà parfaitement accompli.
L'œuvre représente une jeune femme appartenant vraisemblablement au peuple Tày, groupe ethnique vivant dans les régions montagneuses du nord du Vietnam. Toutefois, fidèle à sa démarche artistique, Vũ Cao Đàm ne cherche pas à produire un document ethnographique précis. Les vêtements et les attributs culturels sont volontairement simplifiés afin de privilégier l'émotion et l'intériorité du modèle.

Le regard frontal, calme et pénétrant, constitue le véritable sujet du tableau. La jeune femme semble suspendue hors du temps, dans un espace silencieux où chaque détail a été réduit à l'essentiel.
L'influence des portraits d'ancêtres vietnamiens
L'un des aspects les plus fascinants de La femme en bleu réside dans son dialogue avec la tradition des portraits d'ancêtres vietnamiens.
La composition frontale, la neutralité du fond, la position hiératique du personnage et l'absence d'effet narratif rappellent directement ces images rituelles destinées au culte familial. Durant les années 1930 et 1940, Vũ Cao Đàm s'inspire régulièrement de cette tradition iconographique, tout comme plusieurs artistes issus de l'École des Beaux-Arts de l'Indochine.
Cette référence est particulièrement importante car elle témoigne de la volonté des artistes vietnamiens de créer une modernité enracinée dans leur propre héritage culturel plutôt que d'adopter uniquement les modèles occidentaux.
Une technique picturale d'une remarquable subtilité
L'une des caractéristiques les plus remarquables de l'œuvre réside dans son traitement de la matière.
Vũ Cao Đàm applique les pigments avec une grande économie de moyens, laissant apparaître la trame même de la soie. Cette technique produit une surface légèrement usée, presque ancienne, qui évoque la patine des œuvres historiques vietnamiennes ou chinoises.
Cette recherche n'est pas fortuite. À cette époque, l'artiste suit également les enseignements de l'École du Louvre où il approfondit ses connaissances de l'art asiatique ancien. Son intérêt pour la noblesse des formes anciennes et pour les traces laissées par le temps se retrouve directement dans cette peinture.
Le résultat est une œuvre à l'atmosphère singulière, à la fois moderne et intemporelle.
Le sceau du « Fils du Sud »

La signature et le sceau apposés en bas à droite constituent également des éléments particulièrement intéressants.
Le sceau porte les caractères :
南兒童印
que l'on peut traduire par :
« Sceau du fils du Sud »
Cette formule poétique fait directement référence au Vietnam, appelé autrefois Đại Nam sous la dynastie Nguyễn.
À travers ce sceau, Vũ Cao Đàm affirme son identité vietnamienne au moment même où il débute une nouvelle vie en France. Cette dimension personnelle et symbolique apparaît fréquemment dans les œuvres de ses premières années parisiennes.
Peintre, mais d'abord sculpteur
On oublie souvent que Vũ Cao Đàm fut avant tout formé comme sculpteur. Élève de la section sculpture de l'École des Beaux-Arts de l'Indochine entre 1926 et 1931, il se distingue rapidement par son talent de modeleur. Lorsqu'il arrive à Paris en 1931, ce sont d'ailleurs ses sculptures qui lui valent ses premiers succès auprès du public français à l'Exposition coloniale internationale.

Durant les années 1930, il poursuit ses recherches plastiques au contact de l'atelier d'Antoine Bourdelle, ancien élève et collaborateur d'Auguste Rodin. Plusieurs de ses sculptures sont éditées en bronze et certaines rejoignent d'importantes collections publiques et privées.

En 1934, la Manufacture nationale de Sèvres réalise même une édition de l'un de ses bustes, témoignage rare de la reconnaissance dont il bénéficie alors en France.
Cette formation de sculpteur demeure perceptible dans ses peintures. Dans La femme en bleu, le visage est construit comme un volume simplifié, presque modelé. Les contours sont volontairement épurés et la frontalité du personnage renforce cette impression de présence physique. La figure semble davantage sculptée dans l'espace que simplement dessinée sur la soie.

Aujourd'hui, les sculptures de Vũ Cao Đàm apparaissent beaucoup plus rarement sur le marché que ses peintures. Lorsqu'elles réapparaissent, elles suscitent un intérêt particulier des collectionneurs. Ainsi, la terre cuite Tête de jeune femme datée de 1939, expertisée par Gauchet Art Asiatique pour Millon, a été adjugée 22 000 €, illustrant l'intérêt croissant porté à cette partie encore relativement méconnue de son œuvre.
La cote de Vũ Cao Đàm : un marché en forte progression
Depuis une quinzaine d'années, Vũ Cao Đàm figure parmi les artistes vietnamiens les plus recherchés au monde.
Ses peintures sur soie des années 1930 à 1950 sont particulièrement convoitées par les collectionneurs internationaux. Les œuvres majeures atteignent régulièrement plusieurs centaines de milliers d'euros lors des ventes organisées à Paris, Hong Kong, Singapour ou New York. Cette dynamique s'observe également au Vietnam, où le marché local connaît une croissance soutenue. À ce titre, les ventes en duplex organisées à Hanoï et Paris par Millon et son partenaire Millon Vietnam contribuent activement à la redécouverte et à la valorisation des grands maîtres de l'École des Beaux-Arts de l'Indochine auprès d'une nouvelle génération de collectionneurs vietnamiens et internationaux.
Les résultats obtenus sur des œuvres expertisées par Gauchet Art Asiatique illustrent parfaitement cette tendance.

Ainsi, Deux coqs, une gouache sur soie rehaussée d'huile signée Vũ Cao Đàm et présentée chez Millon, était estimée 30 000 € à 40 000 € avant d'être adjugée 66 000 €, démontrant l'intérêt croissant des collectionneurs pour les compositions animalières de l'artiste.
Les portraits féminins, les représentations d'enfants et les œuvres documentées de la période parisienne figurent aujourd'hui parmi les catégories les plus recherchées.
Pour les peintures sur soie :
• Petites œuvres : 20 000 € à 80 000 €
• Œuvres importantes : 80 000 € à 250 000 €
• Chefs-d'œuvre historiques : 250 000 € à plus de 1 000 000 €
Par ses dimensions exceptionnelles, sa qualité d'exécution, sa documentation historique, sa présence attestée dans les archives d'exposition des années 1930 et sa place dans la carrière de l'artiste, La femme en bleu s'inscrit parmi les œuvres les plus importantes encore conservées en mains privées.
Son adjudication à 210 000 € confirme l'attrait constant du marché pour les œuvres historiques de la première période parisienne de Vũ Cao Đàm, aujourd'hui considérée comme l'une des phases les plus importantes, les plus rares et les plus recherchées de sa carrière.
Gauchet Art Asiatique, spécialiste de l'art vietnamien moderne
Depuis plusieurs années, Gauchet Art Asiatique accompagne collectionneurs, maisons de ventes et institutions dans l'expertise et l'évaluation des œuvres des grands maîtres vietnamiens du XXe siècle.
Le cabinet intervient régulièrement sur des œuvres de Vũ Cao Đàm, Mai Trung Thứ, Lê Phổ, Nguyễn Phan Chánh, Alix Aymé, Nguyễn Gia Trí, Lê Quốc Lộc ou encore Trần Phúc Duyên.
L'étude de La femme en bleu illustre l'importance d'une expertise approfondie associant histoire de l'art, analyse stylistique, provenance, documentation d'archives et connaissance du marché international.
Vũ Cao Đàm (1908-2000), La femme en bleu, vers 1933, encre et gouache sur soie, 102 x 73 cm. Estimation : 150 000 € – 200 000 €. Œuvre expertisée par Gauchet Art Asiatique pour la maison de ventes Millon.
Remerciements
Gauchet Art Asiatique remercie chaleureusement Nicolas Henni-Trịnh Đức pour son importante contribution aux recherches historiques, archivistiques et iconographiques ayant permis l'étude approfondie de La femme en bleu de Vũ Cao Đàm, ainsi que la mise en lumière de documents d'époque relatifs à l'œuvre et à son exposition dans les années 1930.



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