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Laque vietnamienne : « Vue de la baie » de Lê Quốc Lộc (1943)

  • Photo du rédacteur: Cabinet Gauchet Art Asiatique
    Cabinet Gauchet Art Asiatique
  • il y a 21 heures
  • 4 min de lecture


Lê Quốc Lộc (1918–1987)
Lê Quốc Lộc (1918–1987)

Vue de la baie (Cảnh vịnh), 1943

Important diptyque en laque polychrome et or sur panneau, représentant un paysage lacustre animé de villages et embarcations sous un ciel doré.

Ancienne collection d’une famille française établie au Vietnam entre les années 1920 et 1960. Présenté et expertisé par Gauchet Art Asiatique. Prix obtenu: 90000

La laque vietnamienne du XXe siècle connaît aujourd’hui un regain d’intérêt spectaculaire sur le marché de l’art asiatique. Longtemps considérée comme un art décoratif lié à l’Indochine française, elle est désormais reconnue comme l’un des grands courants de la modernité artistique asiatique. Les grandes compositions en laque réalisées dans les années 1930 à 1950 figurent aujourd’hui parmi les œuvres vietnamiennes les plus recherchées par les collectionneurs internationaux.

C’est dans ce contexte que le cabinet Gauchet Art Asiatique a récemment présenté un important diptyque en laque intitulé Vue de la baie (Cảnh vịnh), signé par Lê Quốc Lộc et daté de 1943. Cette œuvre remarquable, issue d’une ancienne collection d’une famille française installée au Vietnam entre les années 1920 et le début des années 1960, a suscité un fort intérêt auprès des collectionneurs et permis d’obtenir un résultat exceptionnel en vente, confirmant une nouvelle fois la progression du marché des grandes laques vietnamiennes historiques.

Avec ses dimensions imposantes (près de 1,60 mètre de long) l’œuvre possède une présence presque architecturale. Elle illustre parfaitement cette génération d’artistes vietnamiens qui ont transformé la laque traditionnelle en véritable médium pictural moderne.

La naissance de la grande laque vietnamienne moderne

À partir des années 1930, plusieurs artistes formés autour de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine entreprennent de renouveler profondément la technique de la laque. Jusqu’alors principalement utilisée pour le mobilier, les objets religieux ou les panneaux décoratifs, elle devient progressivement un support de création artistique autonome.

La laque vietnamienne repose sur un procédé extrêmement complexe : superpositions de résine naturelle, pigments, parfois poudres métalliques, puis longues phases de ponçage et de polissage révélant progressivement les couches enfouies. Chaque composition exige une anticipation permanente, l’artiste devant penser son image en profondeur bien avant son apparition finale.

Cette lenteur technique explique la densité visuelle si particulière des grandes laques vietnamiennes : surfaces profondes, couleurs absorbantes, reflets changeants et atmosphères presque minérales.

Analyse du diptyque Vue de la baie

Le diptyque présenté par Gauchet Art Asiatique développe une composition panoramique particulièrement maîtrisée. L’œil circule naturellement d’un panneau à l’autre, suivant les lignes du paysage et les jeux de profondeur créés par les masses colorées.

L’œuvre repose sur un contraste subtil entre une vaste étendue d’eau rouge brun et un ciel doré aux tonalités chaudes qui unifie l’ensemble. À l’arrière-plan, des reliefs sombres structurent l’horizon et renforcent la sensation de distance.

Au premier plan apparaissent des éléments végétaux traités avec une grande élégance graphique : bambous, branchages sinueux, feuillages stylisés. Quelques embarcations et constructions lacustres suggèrent discrètement une présence humaine sans jamais rompre l’atmosphère contemplative de la scène.

Le panneau droit introduit un spectaculaire arbre en floraison rouge et rose dont les ramifications semblent flotter devant l’espace. Cette construction par superposition des plans, sans véritable perspective occidentale, constitue l’un des aspects les plus fascinants de la laque vietnamienne moderne.

L’œuvre présente également une importante fissure traversante sur le panneau droit. Dans les grandes laques sur bois anciennes, ce type d’altération rappelle la complexité de conservation de ces œuvres, particulièrement sensibles aux variations climatiques et aux tensions naturelles du support.

Le travail d’expertise et de valorisation

Chez Gauchet Art Asiatique, le travail autour de ce type d’œuvre ne se limite pas à une simple estimation. L’identification des techniques, l’étude des provenances, la contextualisation historique et la mise en perspective avec le marché international jouent aujourd’hui un rôle essentiel dans la valorisation des grandes œuvres vietnamiennes du XXe siècle.

Depuis plusieurs années, le cabinet accompagne collectionneurs, familles et maisons de ventes dans l’expertise de peintures vietnamiennes modernes, de laques anciennes et d’œuvres liées à l’Indochine française. Cette spécialisation permet notamment de replacer ces œuvres dans leur véritable contexte historique et artistique, bien au-delà de leur simple aspect décoratif.

Le résultat obtenu pour cette importante laque de Lê Quốc Lộc illustre parfaitement cette dynamique de redécouverte actuellement à l’œuvre sur le marché international des arts du Vietnam.

Le marché de Lê Quốc Lộc aujourd’hui

Le marché des œuvres de Lê Quốc Lộc connaît une progression constante depuis plusieurs années, notamment pour les grands panneaux et paravents réalisés dans les années 1940-1950.

Les résultats varient fortement selon le format, la provenance, l’état de conservation et la qualité de composition, mais certaines tendances se dégagent désormais clairement :


Petites laques sur panneau (30 × 40 cm) se negocient autour de 6 000 à 12 000 €

Formats intermédiaires (50 × 70 cm) 15 000 à 30 000 €

Grandes compositions (plus de 100 cm) 40 000 à 90 000 € et plus

Paravents monumentaux (œuvres majeures) 80 000 à plus de 200 000 €


Plusieurs adjudications importantes ont récemment confirmé cette progression :

une laque Village de pêcheurs au bord d’un lac datée de 1942 a atteint plus de 76 000 € ;

un important paravent à six feuilles a dépassé 200 000 € lors d’une vente spécialisée consacrée aux arts du Vietnam ;

en 2024, une autre grande laque de l’artiste a atteint plus de 230 000 €, confirmant l’intérêt croissant des collectionneurs internationaux pour les chefs-d’œuvre de cette période.

Aujourd’hui, les grandes laques vietnamiennes ne sont plus considérées comme de simples objets décoratifs d’Indochine. Elles occupent désormais une place centrale dans l’histoire de l’art vietnamien moderne et dans le marché international de l’art asiatique.

À travers des œuvres comme Vue de la baie, c’est toute une période de création vietnamienne qui retrouve progressivement sa place dans les grandes ventes internationales et dans les collections majeures consacrées à l’art asiatique du XXe siècle.

 
 
 

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