top of page

Trịnh Văn (né en 1917) Une vision poétique du paysage vietnamien en laque, 1943

  • Photo du rédacteur: Cabinet Gauchet Art Asiatique
    Cabinet Gauchet Art Asiatique
  • il y a 2 jours
  • 5 min de lecture
Laque vietnamienne moderniste de Trịnh Văn datée 1943, paysage aux rizières dorées et montagnes stylisées, peinture en laque inspirée de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine. Œuvre vietnamienne ancienne expertisée par Gauchet Art Asiatique.
Laque vietnamienne moderniste de Trịnh Văn datée 1943, paysage aux rizières dorées et montagnes stylisées, peinture en laque inspirée de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine. Œuvre vietnamienne ancienne expertisée par Gauchet Art Asiatique.

Présentée dans la vente Art d’Asie organisée le 24 juin 2026 à Cannes avec l’expertise de Gauchet Art Asiatique, cette importante laque de Trịnh Văn datée 1943 illustre parfaitement le raffinement de la peinture vietnamienne moderniste du milieu du XXe siècle. L’œuvre figure au centre de l’affiche officielle de la vente, témoignant de son importance au sein de la sélection.

Avec ses tonalités rouge sombre, ses rehauts dorés et ses paysages baignés d’une lumière presque irréelle, cette composition plonge immédiatement le spectateur dans un Vietnam idéalisé, silencieux et contemplatif. Les rizières géométriques serpentent entre les collines tandis que quelques architectures discrètes apparaissent dans les montagnes comme des présences lointaines.

Réalisée en 1943, cette œuvre appartient à une période essentielle de l’histoire de l’art vietnamien moderne, lorsque les artistes de la génération de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine transformèrent profondément l’usage traditionnel de la laque pour en faire un véritable médium pictural.


L’École des Beaux-Arts de l’Indochine et la naissance de la peinture vietnamienne moderne


Vue ancienne de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine à Hanoï, institution fondatrice de la peinture vietnamienne moderne créée en 1925 par Victor Tardieu et Nguyễn Nam Sơn. Cette école joua un rôle majeur dans le développement de la laque vietnamienne moderniste au XXe siècle.
Vue ancienne de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine à Hanoï, institution fondatrice de la peinture vietnamienne moderne créée en 1925 par Victor Tardieu et Nguyễn Nam Sơn. Cette école joua un rôle majeur dans le développement de la laque vietnamienne moderniste au XXe siècle.

Fondée à Hanoï en 1925 par le peintre français Victor Tardieu et l’artiste vietnamien Nguyễn Nam Sơn, l’École des Beaux-Arts de l’Indochine marque une rupture fondamentale dans l’histoire artistique du Vietnam.

L’objectif de cette institution était de créer une synthèse entre enseignement académique occidental et traditions artistiques vietnamiennes. Très rapidement, les artistes vietnamiens développèrent un langage pictural original mêlant techniques européennes, esthétique asiatique et identité culturelle vietnamienne.

C’est dans ce contexte qu’apparut la grande révolution de la laque vietnamienne moderne.

Avant cette période, la laque était essentiellement utilisée dans les arts décoratifs : mobilier, objets religieux, panneaux ornementaux ou architecture. Les artistes de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine commencèrent alors à expérimenter cette matière complexe comme support de peinture à part entière.

Des figures majeures comme Nguyễn Gia Trí, Phạm Hậu, Trần Văn Cẩn ou Nguyễn Khang poussèrent cette technique à un niveau de sophistication exceptionnel.


Une technique extrêmement complexe


La peinture sur laque vietnamienne est l’une des techniques artistiques les plus exigeantes d’Asie.

Contrairement à une peinture à l’huile exécutée directement sur toile, la laque nécessite un travail très lent et méthodique. Les artistes appliquent successivement différentes couches de résine naturelle, pigments, feuilles d’or ou d’argent, avant de polir progressivement la surface afin de révéler les couches profondes.

Ce procédé peut nécessiter des semaines, voire plusieurs mois de travail.

Les effets caractéristiques de profondeur, de transparence et de lumière interne propres à la grande laque vietnamienne proviennent précisément de cette superposition de couches et du polissage successif de la surface.

Dans cette œuvre de Trịnh Văn, les rehauts dorés jouent un rôle central. Les rizières, certains feuillages et les zones lumineuses du paysage semblent presque irradier depuis l’intérieur de la matière.

La palette mêlant rouges bruns, noirs profonds, gris argentés et ors est typique des grandes laques vietnamiennes des années 1930-1945.


Trịnh Văn et la génération des peintres modernistes vietnamiens


Trịnh Văn appartient à cette génération d’artistes vietnamiens ayant travaillé dans le sillage esthétique de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine durant les années 1930 et 1940.

Même si son nom demeure aujourd’hui moins connu internationalement que ceux de Lê Phổ, Mai-Thu ou Vũ Cao Đàm, ses œuvres témoignent d’une véritable maîtrise des effets décoratifs et atmosphériques propres à la grande laque vietnamienne.

Dans cette composition datée 1943, l’artiste développe une vision presque méditative du paysage vietnamien.

La scène ne cherche pas le réalisme documentaire. Le paysage devient une construction poétique où la nature semble suspendue dans une lumière intemporelle. Les montagnes apparaissent comme des masses minérales tandis que les arbres se dissolvent dans des réseaux décoratifs extrêmement raffinés.

Les petites architectures perdues dans les collines renforcent cette impression de silence et d’éloignement.

L’influence des grands paysages asiatiques classiques est perceptible, mais entièrement réinterprétée dans un langage moderniste vietnamien.


Une esthétique entre tradition asiatique et modernité


L’un des aspects les plus fascinants de la peinture vietnamienne moderniste réside précisément dans cette fusion entre héritage asiatique et modernité picturale.

Les artistes vietnamiens de cette génération ne cherchaient pas à imiter la peinture occidentale. Ils développèrent au contraire une esthétique autonome où :

  • la composition décorative asiatique reste fondamentale,

  • les espaces sont volontairement aplatis,

  • les effets atmosphériques remplacent la perspective occidentale,

  • la matière devient un élément poétique,

  • la lumière semble émerger de l’intérieur même de l’œuvre.

Dans cette laque de Trịnh Văn, le ciel doré supérieur agit presque comme un fond abstrait. Il ne décrit pas simplement un coucher de soleil ou une lumière naturelle : il structure toute la composition et transforme le paysage en vision intérieure.

Les courbes des rizières introduisent également un rythme graphique extrêmement maîtrisé qui équilibre les masses sombres des arbres et des montagnes.


Le marché international de la peinture vietnamienne


Depuis une quinzaine d’années, le marché international redécouvre fortement les artistes vietnamiens du XXe siècle.

Les grandes figures de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine connaissent aujourd’hui une progression spectaculaire. Les œuvres majeures de Nguyễn Gia Trí atteignent désormais des montants considérables dans les ventes internationales tandis que les peintures de Lê Phổ, Mai-Thu ou Vũ Cao Đàm figurent parmi les œuvres asiatiques modernes les plus recherchées du marché.

Cette dynamique profite également à des artistes plus rares ou moins documentés appartenant à cette génération historique.

Les collectionneurs vietnamiens internationaux, particulièrement actifs à Hong Kong, Paris, Singapour ou Hanoï, recherchent aujourd’hui des œuvres représentatives de cette période fondatrice de la modernité vietnamienne.

Les laques anciennes des années 1930-1945 sont particulièrement appréciées pour :

  • leur sophistication technique,

  • leur rareté,

  • leur puissance décorative,

  • leur importance historique,

  • et leur état de conservation souvent fragile.

Dans le cas de Trịnh Văn, les résultats publics demeurent relativement rares, ce qui renforce l’intérêt des collectionneurs lorsque des œuvres importantes réapparaissent sur le marché.


Une œuvre emblématique de la laque vietnamienne moderniste


Par sa composition ambitieuse, sa palette raffinée et son atmosphère silencieuse, cette importante laque de Trịnh Văn illustre parfaitement la richesse de la peinture vietnamienne moderniste du milieu du XXe siècle.

L’œuvre témoigne de cette période exceptionnelle durant laquelle les artistes vietnamiens réussirent à créer un langage esthétique entièrement original, à la croisée des traditions asiatiques et de la modernité internationale.

Plus qu’un simple paysage, cette composition apparaît comme une vision poétique du Vietnam, transformée par le raffinement technique et la profondeur méditative propres à la grande laque vietnamienne

Commentaires


bottom of page