top of page

Une remarquable figure de Guanyin en céladon de Longquan : entre dévotion bouddhique et virtuosité céramique

  • Photo du rédacteur: Cabinet Gauchet Art Asiatique
    Cabinet Gauchet Art Asiatique
  • il y a 22 heures
  • 4 min de lecture

Les céladons de Longquan figurent parmi les productions les plus emblématiques de l’histoire de la céramique chinoise. Recherchés depuis des siècles pour la profondeur de leur glaçure évoquant le jade, ils occupent une place particulière dans les collections privées comme dans les institutions muséales internationales. Si les amateurs associent souvent Longquan aux vases, plats et coupes monochromes, certaines productions sculpturales témoignent d’une maîtrise technique tout aussi remarquable.


Le groupe que nous présentons ici, représentant Guanyin assise au sein d’une grotte sacrée peuplée d’éléments végétaux et de personnages d’accompagnement, constitue un exemple particulièrement séduisant de cette tradition. Malgré plusieurs restaurations anciennes et des manques visibles, la qualité de sa composition ainsi que l’intensité de sa glaçure expliquent l’intérêt qu’il a suscité sur le marché, atteignant 7 200 € au marteau pour une estimation initiale de seulement 800 à 1 000 €.


Longquan, l’un des grands centres céramiques de la Chine impériale


Les fours de Longquan, dans la province du Zhejiang, furent parmi les plus importants centres de production de céladons de Chine entre les dynasties Song et Ming. Leurs longues structures de cuisson à flanc de colline permettaient d'atteindre les températures nécessaires à l'obtention des célèbres glaçures vert jade.
Les fours de Longquan, dans la province du Zhejiang, furent parmi les plus importants centres de production de céladons de Chine entre les dynasties Song et Ming. Leurs longues structures de cuisson à flanc de colline permettaient d'atteindre les températures nécessaires à l'obtention des célèbres glaçures vert jade.


Situés dans la province du Zhejiang, les fours de Longquan produisent des grès céladon dès les dynasties Tang et Cinq Dynasties, avant d’atteindre leur apogée sous les Song (960-1279) puis les Yuan (1271-1368). Leur réputation repose sur une parfaite maîtrise des cuissons en atmosphère réductrice permettant d’obtenir ces nuances vertes si particulières, variant du vert d’eau translucide au vert olive profond.

Les céladons de Longquan furent largement exportés à travers l’Asie, le Moyen-Orient et jusqu’en Afrique orientale. Ils étaient particulièrement appréciés pour leur parenté esthétique avec le jade, matériau suprême dans la culture chinoise.


Si la majorité des productions se compose d’objets utilitaires ou rituels de formes classiques, les ateliers réalisèrent également des sculptures bouddhiques destinées aux autels privés et aux espaces de dévotion domestique. Ces œuvres demeurent aujourd’hui nettement plus rares sur le marché que les formes ouvertes traditionnelles.


Guanyin, incarnation de la Compassion


Détail du visage de Guanyin révélant la douceur du modelé et la profondeur caractéristique de la glaçure céladon de Longquan. La sérénité de l'expression et la richesse de la coiffe témoignent de l'influence durable de l'iconographie bouddhique dans les ateliers céramiques du Zhejiang.
Détail du visage de Guanyin révélant la douceur du modelé et la profondeur caractéristique de la glaçure céladon de Longquan. La sérénité de l'expression et la richesse de la coiffe témoignent de l'influence durable de l'iconographie bouddhique dans les ateliers céramiques du Zhejiang.


La figure centrale représente Guanyin, traduction chinoise du bodhisattva Avalokiteshvara, l’une des divinités les plus vénérées du bouddhisme d’Asie orientale.

À partir de la dynastie Song, Guanyin acquiert progressivement une iconographie féminisée qui deviendra dominante dans l’art chinois. Protectrice des marins, dispensatrice d’enfants et symbole universel de compassion, elle occupe une place essentielle dans la pratique religieuse populaire.

La représentation dans une grotte sacrée renvoie directement au culte de Guanyin du Mont Putuo, l’un des quatre grands monts bouddhiques de Chine. Les grottes, montagnes et paysages rocheux constituent des éléments récurrents de son iconographie, évoquant à la fois le retrait spirituel et la proximité avec le monde naturel.


Analyse stylistique


Vue du dessous de la sculpture révélant la structure interne du groupe et les caractéristiques de fabrication propres aux ateliers de Longquan. Les traces de cuisson et les zones non émaillées témoignent des techniques employées pour réaliser ces compositions ajourées particulièrement complexes.
Vue du dessous de la sculpture révélant la structure interne du groupe et les caractéristiques de fabrication propres aux ateliers de Longquan. Les traces de cuisson et les zones non émaillées témoignent des techniques employées pour réaliser ces compositions ajourées particulièrement complexes.


L’œuvre s’organise selon une composition architecturée particulièrement ambitieuse.

Au centre siège Guanyin, vêtue d’une longue robe dont les plis souples sont soulignés par la glaçure céladon. Son visage, laissé en biscuit partiellement apparent, contraste avec les surfaces émaillées environnantes et concentre immédiatement le regard.

La divinité prend place au sein d’un décor foisonnant composé de végétaux stylisés, de feuillages, de fleurs et de champignons lingzhi. Ces derniers ne sont pas de simples éléments décoratifs : dans la tradition chinoise, ils symbolisent l’immortalité, la longévité et les bénédictions célestes.


Vue arrière de la sculpture de Guanyin en céladon de Longquan. La complexité de la composition se révèle à travers l'enchevêtrement des éléments végétaux et architecturaux, démontrant la remarquable maîtrise technique des ateliers chinois spécialisés dans les groupes sculptés bouddhiques.
Vue arrière de la sculpture de Guanyin en céladon de Longquan. La complexité de la composition se révèle à travers l'enchevêtrement des éléments végétaux et architecturaux, démontrant la remarquable maîtrise technique des ateliers chinois spécialisés dans les groupes sculptés bouddhiques.

De part et d’autre apparaissent des figures secondaires assimilables à des assistants ou acolytes de la divinité. L’ensemble est complété par plusieurs attributs symboliques associés à Guanyin, notamment un vase rituel destiné à contenir l’eau de compassion.

L’une des qualités majeures de cette sculpture réside dans l’interaction entre le modelage et la glaçure. Les reliefs retiennent l’émail dans les creux tandis que les arêtes révèlent des zones plus claires, créant un jeu de profondeur particulièrement vivant.


Un comparatif conservé au musée Cernuschi


L’intérêt historique de ce type de production est confirmé par la présence d’un groupe comparable dans les collections du musée Cernuschi à Paris (inv. M.C. 3876).

Cette conservation dans l’une des principales institutions européennes consacrées aux arts de l’Asie témoigne de la reconnaissance croissante accordée aux sculptures céladon de Longquan. Longtemps considérées comme des objets secondaires face aux porcelaines impériales ou aux grands bronzes bouddhiques, elles occupent aujourd’hui une place de plus en plus importante dans les études consacrées aux arts décoratifs chinois.


Le marché des sculptures céladon de Longquan


Le marché des céladons de Longquan demeure particulièrement dynamique depuis une quinzaine d’années, porté à la fois par les collectionneurs chinois et occidentaux.

Les sculptures religieuses présentent un attrait particulier en raison de leur rareté relative. Lorsque la qualité du modelage, de la glaçure et de la composition est au rendez-vous, les résultats peuvent largement dépasser les estimations initiales.

Le résultat obtenu par ce groupe de Guanyin illustre parfaitement ce phénomène. Son adjudication à 7 200 € démontre que les collectionneurs privilégient souvent la qualité esthétique globale et la force iconographique à l’état de conservation strict.

À titre de comparaison, des groupes bouddhiques en céladon de Longquan comparables apparaissent régulièrement dans une fourchette comprise entre 3 000 et 15 000 €, tandis que les exemplaires les plus anciens ou bénéficiant d’une provenance prestigieuse peuvent atteindre des niveaux nettement supérieurs.


L’avis de Gauchet Art Asiatique


Cette sculpture constitue un excellent exemple de ce qui fait aujourd’hui le succès des céladons de Longquan : une glaçure d’une grande douceur visuelle, une iconographie immédiatement identifiable et une véritable ambition sculpturale.

Au-delà de son intérêt religieux, elle illustre parfaitement la capacité des ateliers chinois à transformer une matière céramique en véritable paysage miniature. Cette synthèse entre spiritualité, nature et virtuosité technique explique pourquoi ces œuvres continuent de séduire collectionneurs, musées et amateurs d’art asiatique à travers le monde.

Pour toute expertise, estimation ou étude de sculptures bouddhiques, céladons de Longquan ou céramiques chinoises anciennes, Gauchet Art Asiatique accompagne collectionneurs, successions et maisons de ventes en France et à l’international

Commentaires


bottom of page