top of page

Vu Cao Dam, ou la poésie de la mémoire : deux œuvres inédites réapparaissent d’une collection particulière française

  • Photo du rédacteur: Cabinet Gauchet Art Asiatique
    Cabinet Gauchet Art Asiatique
  • il y a 3 jours
  • 6 min de lecture

Parmi les grands noms de la peinture vietnamienne du XXe siècle, Vu Cao Dam occupe une place tout à fait singulière. À la fois peintre, sculpteur, musicien et poète, l’artiste a développé au fil de sa carrière un langage pictural profondément personnel, situé à la croisée des traditions vietnamiennes et du modernisme européen.


Aujourd’hui, deux huiles sur toile inédites datées de 1978, conservées depuis plus de vingt ans dans une même collection particulière française, réapparaissent sur le marché. Présentées par  Gauchet Art Asiatique en collaboration avec  Minerve Enchères, ces œuvres offrent un témoignage particulièrement intéressant de la pleine maturité artistique de Vu Cao Dam.


Un artiste formé à l’École des Beaux-Arts de l’Indochine


Né à Hanoï en 1908 dans une famille lettrée proche de la cour impériale, Vu Cao Dam grandit dans un environnement profondément marqué par la littérature, la calligraphie et la culture vietnamienne classique. Son père, Vu Dinh Thi, était un érudit et haut mandarin attaché à la cour de Hué.

En 1926, le jeune artiste intègre l’École des Beaux-Arts de l’Indochine fondée un an plus tôt à Hanoï par le peintre français Victor Tardieu et Nguyễn Nam Sơn. Cette institution jouera un rôle majeur dans la naissance de l’art moderne vietnamien.

Vu Cao Dam appartient à cette première génération historique d’artistes vietnamiens formés selon les méthodes académiques occidentales tout en restant profondément attachés à leur culture d’origine. Aux côtés de Le Pho, Mai Thu ou encore Le Thi Luu, il participe à l’émergence d’un nouveau langage pictural mêlant héritage asiatique et modernité européenne.


Les débuts : la peinture sur soie et une esthétique de la retenue


Les premières œuvres de Vu Cao Dam sont principalement réalisées sur soie. À cette époque, l’artiste privilégie encore des compositions sobres, construites autour de figures aux contours synthétiques et aux palettes volontairement retenues.

Les couleurs demeurent discrètes : ocres, gris, bleus pâles et bruns dominent souvent ses compositions. Les personnages semblent suspendus dans des espaces silencieux, presque intemporels.

Cette période révèle déjà plusieurs éléments fondamentaux de son œuvre : une profonde intériorité, une certaine mélancolie poétique et un goût marqué pour les sujets intimistes.

Très rapidement, ses œuvres attirent l’attention en France. Dès les années 1930, Vu Cao Dam expose à Paris et s’installe progressivement dans un environnement artistique européen en pleine effervescence.


L’installation en France et la découverte du modernisme européen


Comme plusieurs artistes de sa génération, Vu Cao Dam choisit finalement de s’établir définitivement en France. Après Paris, il s’installe dans le sud du pays, à Vence, où il résidera à partir de 1959 jusqu’à sa mort en 2000.

Ce changement d’environnement transforme profondément sa peinture.

La lumière méditerranéenne, les paysages du sud de la France et surtout la découverte de l’œuvre de Marc Chagall provoquent une évolution stylistique majeure.

Progressivement, Vu Cao Dam délaisse la soie pour privilégier presque exclusivement l’huile sur toile, panneau ou isorel.

Cette transition ne constitue pas un simple changement technique. Elle marque une véritable libération picturale.


Une peinture devenue couleur, lumière et musique


À partir des années 1960, l’œuvre de Vu Cao Dam entre dans ce qui est aujourd’hui considéré comme sa période de pleine maturité.

La couleur prend désormais une place centrale. Les compositions s’embrasent de jaunes lumineux, de rouges profonds, de verts émeraude et de bleus intenses. La touche devient plus libre, plus aérienne, presque impressionniste par endroits.

Les formes elles-mêmes semblent se dissoudre dans la lumière.

Vu Cao Dam ne cherche plus réellement à décrire le réel. Sa peinture devient évocation, mémoire et poésie. Les paysages se transforment en espaces émotionnels où les figures apparaissent presque comme des souvenirs flottants.

Cette évolution donne naissance à des œuvres profondément musicales dans leur construction chromatique. Les couleurs vibrent les unes contre les autres à travers de fines couches translucides et de subtils empâtements à peine perceptibles au premier regard.


Littérature vietnamienne et thèmes récurrents


Tout au long de sa carrière, Vu Cao Dam reste profondément attaché à la littérature vietnamienne classique.

Parmi ses principales sources d’inspiration figure notamment le célèbre Roman de Kiều de Nguyễn Du, considéré comme l’un des grands textes fondateurs de la culture vietnamienne.

À partir des années 1960 et 1970, plusieurs thèmes deviennent récurrents dans son œuvre :

  • la maternité,

  • les cavaliers,

  • les musiciens,

  • les jeunes femmes,

  • les jardins,

  • les paysages rêvés,

  • les figures contemplatives.

Ces sujets ne sont jamais traités de manière narrative. Vu Cao Dam ne raconte pas directement une histoire. Il transforme au contraire les souvenirs littéraires en atmosphères picturales.


« Maternité », 1978


Vu Cao Dam (1908-2000), Maternité, huile sur toile signée et datée 1978. Cette œuvre inédite illustre la période tardive du maître vietnamien, caractérisée par une palette lumineuse, des harmonies chromatiques vibrantes et une approche profondément poétique héritée de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine. Collection particulière française, expertise par Gauchet Art Asiatique.
Vu Cao Dam (1908-2000), Maternité, huile sur toile signée et datée 1978. Cette œuvre inédite illustre la période tardive du maître vietnamien, caractérisée par une palette lumineuse, des harmonies chromatiques vibrantes et une approche profondément poétique héritée de l’École des Beaux-Arts de l’Indochine. Collection particulière française, expertise par Gauchet Art Asiatique.

La première œuvre présentée ici, Maternité, illustre parfaitement cette période

de maturité.

Au sein d’un paysage dominé par des tonalités jaunes et orangées particulièrement lumineuses, une femme vêtue de rose tient un enfant dans ses bras. À l’arrière-plan apparaît une silhouette masculine bleutée semblant observer silencieusement la scène.

Toute l’œuvre repose sur un équilibre extrêmement subtil entre figuration et dissolution des formes. Les personnages demeurent présents mais semblent presque absorbés par la lumière environnante.

Vu Cao Dam y démontre une maîtrise remarquable des harmonies chromatiques. Les oppositions entre couleurs chaudes et froides créent une vibration constante sur toute la surface de la toile.

Dos de la toile Maternité de Vu Cao Dam, huile sur toile signée, titrée et datée 1978 au revers. Inscriptions manuscrites d’origine de l’artiste visibles sur le châssis, témoignant de la provenance et de l’authenticité de cette œuvre moderniste vietnamienne conservée dans une collection particulière française. Expertise par Gauchet Art Asiatique.
Dos de la toile Maternité de Vu Cao Dam, huile sur toile signée, titrée et datée 1978 au revers. Inscriptions manuscrites d’origine de l’artiste visibles sur le châssis, témoignant de la provenance et de l’authenticité de cette œuvre moderniste vietnamienne conservée dans une collection particulière française. Expertise par Gauchet Art Asiatique.

Le sujet de la maternité occupe une place essentielle dans son œuvre tardive. Plus qu’une simple scène familiale, ces compositions deviennent chez lui des images intemporelles de tendresse, de mémoire et de transmission.

L’œuvre est signée, datée de 1978 et porte plusieurs inscriptions manuscrites au revers de la toile.




« Le Repos », 1978


Vu Cao Dam (1908-2000), Le Repos, huile sur toile signée et datée 1978. Cette composition emblématique de la période tardive du maître vietnamien mêle poésie littéraire, palette flamboyante et atmosphère contemplative inspirée du Roman de Kiều. Œuvre inédite conservée dans une collection particulière française, expertise par Gauchet Art Asiatique.
Vu Cao Dam (1908-2000), Le Repos, huile sur toile signée et datée 1978. Cette composition emblématique de la période tardive du maître vietnamien mêle poésie littéraire, palette flamboyante et atmosphère contemplative inspirée du Roman de Kiều. Œuvre inédite conservée dans une collection particulière française, expertise par Gauchet Art Asiatique.

La seconde toile, Le Repos, appartient à un autre groupe thématique fondamental dans l’œuvre de Vu Cao Dam : celui du cavalier.

Dans un paysage aux tonalités rouges, vertes et turquoise, une figure vêtue de bleu apparaît assise auprès de son cheval. La scène semble suspendue dans une atmosphère silencieuse et méditative.

Comme souvent chez l’artiste, le sujet puise probablement son origine dans l’univers poétique du Roman de Kiều. Pourtant, Vu Cao Dam évite toute narration précise. L’œuvre fonctionne avant tout comme une évocation émotionnelle.


Dos de la toile Le Repos de Vu Cao Dam, huile sur toile signée, titrée et datée 1978 au revers. Les inscriptions manuscrites originales visibles sur le châssis renforcent la provenance et l’authenticité de cette œuvre de la période française tardive de l’artiste, conservée dans une collection particulière française. Expertise par Gauchet Art Asiatique.
Dos de la toile Le Repos de Vu Cao Dam, huile sur toile signée, titrée et datée 1978 au revers. Les inscriptions manuscrites originales visibles sur le châssis renforcent la provenance et l’authenticité de cette œuvre de la période française tardive de l’artiste, conservée dans une collection particulière française. Expertise par Gauchet Art Asiatique.

La liberté de la touche, les transparences successives et les superpositions de couleurs témoignent ici pleinement de la maîtrise atteinte par le peintre dans les années 1970.


Deux œuvres restées inédites pendant plus de vingt ans


L’histoire de ces tableaux contribue encore à leur intérêt.

Selon les informations de provenance, les œuvres furent découvertes presque fortuitement au début des années 2000 dans un dépôt-vente français par des amateurs éclairés qui reconnurent immédiatement leur qualité et leur authenticité. Conservées depuis dans la même collection particulière française, elles étaient demeurées totalement inédites sur le marché jusqu’à aujourd’hui.

Leur réapparition offre ainsi une occasion rare de redécouvrir deux compositions emblématiques de la période tardive de Vu Cao Dam.


Vu Cao Dam et le marché international aujourd’hui


Depuis une quinzaine d’années, le marché de l’art vietnamien moderne connaît une croissance spectaculaire à l’échelle internationale. Les œuvres de Vu Cao Dam, Le Pho ou Mai Thu figurent désormais parmi les plus recherchées de l’art asiatique du XXe siècle.

Les grandes maisons telles que Sotheby’s ou Christie’s ont largement participé à cette reconnaissance internationale, avec des résultats atteignant régulièrement plusieurs centaines de milliers d’euros pour les œuvres majeures.


Les collectionneurs recherchent particulièrement les œuvres de la période française tardive, où Vu Cao Dam atteint probablement l’expression la plus libre et la plus poétique de son art.


À travers Maternité et Le Repos, c’est toute cette dimension intime, littéraire et musicale qui réapparaît aujourd’hui : une peinture de mémoire et de lumière, devenue l’une des signatures les plus singulières de la modernité vietnamienne du XXe siècle.

Commentaires


bottom of page